L'heure à Erevan: 11:07:36,   17 Août 2022

L'Arménie fait partie des pays que je préfère au monde. Interview de l'Ambassadrice de France à "Armenpress"

L'Arménie fait partie des pays que je préfère au monde. Interview de l'Ambassadrice de 
France à "Armenpress"

EREVAN, 9 MARS, ARMENPRESS. La France veut renforcer ses relations avec l'Arménie, l'aider à se développer et à s'ouvrir au monde. C'est ce qu'a déclaré l'Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française en Arménie, Mme Anne Louyot, dans une interview accordée à Armenpress à l'occasion du 30e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre l'Arménie et la France, soulignant l'importance des relations franco-arméniennes pour les deux pays.

L'Ambassadrice Anne Louyot travaille en Arménie depuis six mois, mais elle a déjà aimé notre pays. Elle a déclaré : "L'Arménie fait partie des pays que je préfère au monde.

Notant que durant la période récente l'Arménie a fait face à de grands défis, l'Ambassadrice de France a souligné que l'Arménie est aussi un pays de grandes opportunités, son rôle c'est de  mobiliser tous les acteurs des relations franco-arméniennes, afin d'aider l'Arménie à affronter l'avenir de manière plus positive.

L'Ambassadrice Louyot a parlé de la dynamique positive du développement des relations arméno-françaises dans différentes directions, soulignant que la France souhaite renforcer davantage la coopération économique avec l'Arménie, aider l'Arménie à se développer. L'ambitieuse feuille de route pour l'Arménie signée entre la France et l'Arménie en décembre dernier pourrait jouer un rôle important à cet égard.

Mme Anne Louyot a souligné l'éducation et la culture, les hautes technologies modernes, la coopération économique, la coopération décentralisée intercommunautaire, la coopération régionale et internationale comme domaines d'intérêt mutuel.

L'Ambassadrice  française a également évoqué la suspension des conflits régionaux, le règlement de la paix, notamment le conflit du Haut-Karabagh et la guerre russo-ukrainienne.

Selon l'Ambassadrice, la France, en tant que coprésidente du groupe de Minsk de l'OSCE, veut continuer ses efforts pour le règlement du conflit du Haut-Karabagh, mais comme l'Azerbaïdjan entrave le travail des coprésidents du groupe de Minsk, Paris tente de trouver d'autres moyens pour assurer le dialogue arméno-azerbaïdjanais à travers les actions de l'Union européenne.

Mme Anne Luoyot a souligné l'éducation et la culture, les hautes technologies modernes, la coopération économique, la coopération décentralisée intercommunautaire, la coopération régionale et internationale comme domaines d'intérêt mutuel.

L'Ambassadrice  française a également évoqué la suspension des conflits régionaux, le règlement de la paix, notamment le conflit du Haut-Karabagh et la guerre russo-ukrainienne.

Selon l'Ambassadrice, la France, en tant que coprésidente du groupe de Minsk de l'OSCE, veut continuer ses efforts pour le règlement du conflit du Haut-Karabagh, mais comme l'Azerbaïdjan entrave le travail des coprésidents du groupe de Minsk, Paris tente de trouver d'autres moyens pour assurer le dialogue arméno-azerbaïdjanais à travers les actions de l'Union européenne.

Les relations diplomatiques entre la République d'Arménie et la  République française  ont été établies il y a 30 ans, en 1992, le 24 février.

Le 24 février, à l'occasion du 30e anniversaire des relations diplomatiques franco-arméniennes, l'ambassade de France a organisé un grand événement auquel ont participé les membres du gouvernement arménien, les diplomates étrangers accrédités en Arménie, des personnalités publiques, politiques, culturelles et des scientifiques. L'Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de France en Arménie Anne Louyot, le vice-ministre des Affaires étrangères de la République d'Arménie Paruyr Hovhannissian ont prononcé un discours lors de la cérémonie, et le message du ministre français des Affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoine a été diffusé par vidéo.

-Bonjour, Madame l'Ambassadrice. Merci pour cette opportunité exceptionnelle de me réaliser un entretien. Après la fin de la mission de Jonathan Lacôte, vous êtes nommé Ambassadrice de France en Arménie depuis septembre 2010. Comment se sont passés ces 5-6 mois, comment vous sentez-vous en Arménie ? Il est intéressant de savoir ce que vous saviez sur notre pays avant d'être nommé Ambassadrice, quelles nouvelles choses avez-vous apprises depuis votre arrivée en Arménie ?

- Bonjour, merci pour cette opportunité d'échanger avec vous sur les 30 ans d'établissement des relations diplomatiques arméno-françaises. J'ai beaucoup appris sur l'Arménie durant ces six mois, et je peux dire que l'Arménie est déjà parmi mes pays préférés au monde. L'Arménie fait face à de nombreux défis difficiles, mais c'est aussi un pays qui a de grandes opportunités. Mon rôle ici est de mobiliser tous les acteurs impliqués dans les relations arméno-françaises pour aider l'Arménie à s'ouvrir vers l'avenir de manière plus positive.

- Lors de l'événement qui s'est tenu ici à l'Ambassade de France le 24 février, vous avez souligné dans votre discours que l'amitié arméno-française séculaire est symbolisée par de nombreuses personnalités exceptionnelles, dont deux que vous avez mentionnées en particulier : Misak Manooshian, le héros de la Seconde Guerre mondiale et l'amiral Louis Dartige du Fournier, le commandant de la marine française qui a sauvé les Musulmans. Qui ajouteriez-vous à cette série ?

-Merci pour cette question. Oui, je parlais de Misak Manouchean, Dartige du Fournay, l'un des héros de l'autodéfense Musaler, mais il y a bien sûr beaucoup d'autres figures importantes dans cette lignée. Je ne saurais manquer de mentionner Charles Aznavour, qui a joué un rôle très important dans les relations franco-arméniennes. En plus d'être un grand artiste français d'origine arménienne, Charles Aznavour a joué un rôle important en Arménie après le tremblement de terre de 1988. Il y a encore de nombreux autres artistes français d'origine arménienne, comme le célèbre photographe Antoine Agoudjian, ou des acteurs et des réalisateurs tels que Serge Avetikian, Simon Abgarian, Henri Verneuil.

- Malheureusement, Aznavour n'est plus parmi nous, malheureusement, il n'a pas tenu sa promesse et n'a pas vécu jusqu'à 100 ans, alors que nous y croyions tous déjà. Et ce lien puissant entre l'Arménie et la France a été physiquement rompu. Je me demande si, après sa vie terrestre, il y a eu des tentatives de réévaluation de son rôle et de son importance non seulement dans la culture française mais aussi dans les relations franco-arméniennes.

-Je crois que son rôle majeur dans la culture française et dans les relations franco-arméniennes a toujours été reconnu tant en France qu'en Arménie. Son rôle se poursuit aujourd'hui à travers la Fondation Aznavour, qui est très active en Arménie.

- Aznavour avait une réponse très intéressante à la question de savoir s'il était plus arménien ou français. Il disait que c'est comme le café au lait, c'est impossible à séparer. Quelle est votre position à ce sujet?

- Je me rappellerai toujours la phrase d'Aznavour: "Je suis 100 % français et 100 % arménien. Vous savez, il y a beaucoup de Français d’ origine arménienne. Leur nombre est de 500-600 mille en France. Ils sont français, mais l'Arménie est très importante pour leur identité.

- Comment évaluez-vous le rôle de la communauté arménienne en France aujourd'hui dans les sphères publiques, politiques et autres ?

-La communauté arménienne est un vecteur très important pour renforcer les relations franco-arméniennes. Par exemple, elle est impliquée activement dans la coopération décentralisée, c'est-à-dire le développement de la coopération entre les villes et les régions françaises et arméniennes. Environ 40 accords ont été signés entre nous et la communauté arménienne y a activement participé et y a joué un grand rôle. La Communauté arménienne a également un rôle actif au niveau associatif. Par exemple, pendant et après la guerre de 44 jours en 2020, de nombreuses associations de la diaspora arménienne ont mis en place de nombreuses actions de solidarité avec l'Arménie. Je peux citer, par exemple, la Fondation Aznavour, dont nous avons déjà parlé, Santé Arménie, qui était très active, ainsi que la branche française de l'UGAB.

-Comment qualifieriez-vous les relations interétatiques Arménie-France, les relations arméno-françaises en général ? En d'autres termes, quelle est l'importance de la France et de l'Arménie l'une pour l'autre ?

- Les relations franco-arméniennes sont très importantes. Le 24 février, nous avons célébré le 30e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques franco-arméniennes. Nos relations reposent sur une longue histoire d'amitié, dans laquelle, comme nous l'avons déjà mentionné, un grand rôle est également assumé par la communauté arménienne de France. Cependant, ils sont également fondés sur la volonté mutuelle des deux gouvernements de coopérer dans divers domaines. Nous avons un dialogue politique au plus haut niveau. Vous savez que la France, en tant que coprésidente du groupe de Minsk de l'OSCE, joue un rôle important dans la résolution du conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Il existe également une coopération importante dans les domaines de l'éducation et de la culture. L'Arménie est également membre de l'Organisation internationale de la Francophonie et nous travaillons en étroite collaboration avec la partie arménienne pour promouvoir l'enseignement de la langue et de la culture françaises en Arménie.

Sur le plan économique, les entreprises françaises présentes en Arménie jouent un rôle important dans le développement de la sphère économique. Je peux citer Veolia, Carrefour, Amundi ACBA.

Et en décembre 2021, le ministre arménien des affaires étrangères Ararat Mirzoyan et le ministre français des affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoine ont signé une ambitieuse feuille de route dans le domaine économique. Nous souhaitons renforcer notre coopération économique et aider le gouvernement arménien à développer encore davantage l'Arménie et à s'ouvrir au monde.

-Pouvez-vous préciser de quelle feuille de route parlait Jean-Baptiste Lemoyne, qui a été signée entre l'Arménie et la France ?

- C'est une feuille de route très large, qui a de grandes ambitions. Elle prévoit une coopération, par exemple, dans des secteurs comme les nouvelles technologies, les hautes technologies, l'énergie durable, le développement durable. Elle prévoit également le rôle actif de l'Agence française de développement, qui est déjà présente en Arménie, et prévoit de promouvoir le marché arménien en France.

Il est à rappeler que cette coopération doit être considérée dans un sens plus large, dans le contexte de l'accord de partenariat global et renforcé signé entre l'Arménie et l'Union européenne, ainsi que dans le cadre du partenariat oriental de l'Union européenne.

- Et quel est l'état d'avancement de la mise en œuvre de cet accord, le CEPA ?

- Comme vous le savez déjà, l'accord de partenariat global et renforcé a déjà été signé, approuvé en Arménie et en France, et il doit maintenant être mis en œuvre. Pour le moment, l'Union européenne attend de la partie arménienne qu'elle élabore diverses stratégies, sur la base desquelles il sera possible de poursuivre la coopération.

- Et en général, quels sont les domaines d'intérêt mutuel dans les relations arméno-françaises qui ont un potentiel de développement ?

- Je pense que l'éducation est un domaine dans lequel nous nous impliquons déjà beaucoup, mais nous pouvons encore renforcer notre coopération. Comme vous le savez, nous avons une école française ici, une université française en Arménie, un centre professionnel arméno-français. En d'autres termes, nous avons une très bonne base, qui, je pense, nous permet de développer davantage ces programmes de coopération dans le domaine de l'éducation pour répondre aux besoins du gouvernement arménien et des entreprises arméniennes. Nous réfléchissons à des projets qui peuvent être mis en œuvre tant par l'État français que par les collectivités locales ou les associations françaises.

- Selon les dernières données, en 2021, le chiffre d'affaires commercial entre l'Arménie et la France s'est élevé à environ 95 millions de dollars. Je me demande s'il y a une tâche pour augmenter le volume du commerce bilatéral, étant donné le rôle du commerce et de l'économie dans les relations interétatiques.

-Oui, comme je l'ai dit, nous avons déjà une coopération étroite dans le domaine de la culture, de l'éducation, nous avons un grand désir de développer davantage nos relations dans le domaine de l'économie, c'est la raison pour laquelle nous avons signé la feuille de route susmentionnée en décembre de l'année dernière. Pour l'instant, nous n'avons pas de chiffre précis, car nous devons d'abord comprendre sur quels projets nous allons travailler, et ensuite impliquer les acteurs qui seront intéressés par ces projets.

-La France assure la présidence du Conseil de l'Union européenne pour 6 mois cette année. Je voudrais savoir quel rôle la France, en tant que pays assurant la présidence de l'UE, peut jouer dans la résolution de l'escalade des conflits en Europe.

-Depuis qu'elle a pris la présidence du Conseil de l'Union européenne le 1er janvier 2022, la France a pris diverses initiatives dans la région. Le Président Macron et le Président du Conseil européen Charles Michel ont organisé une rencontre entre le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et le Président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliyev. L'objectif de la France était, tout d'abord, d'assurer un dialogue entre les deux pays, ainsi que de contribuer à la solution des problèmes humanitaires qui ont surgi après la guerre. Comme vous le savez, grâce à cette médiation, 8 soldats arméniens ont été libérés et retournés en Arménie par un avion militaire français.

- La France travaille également à la résolution de la crise en Ukraine. Comme vous le savez, avant le début des hostilités, le Président Macron s'est rendu à Moscou puis à Kiev pour tenter de trouver une issue pacifique à la crise. Malheureusement, le Président Poutine n'a pas écouté l'appel à la paix du Président français. Et, bien sûr, la France condamne fermement l'invasion militaire de la Russie en Ukraine, qui constitue une violation flagrante du droit international et l'une des plus grandes crises du XXIe siècle en Europe.

- La France étant également un médiateur dans le règlement du conflit du Haut-Karabakh, j'aimerais vous demander votre avis sur cette question. Après la guerre de 44 jours, il y a beaucoup d'incertitude sur la question du Karabakh. Le président de l'Azerbaïdjan a déclaré que les coprésidents du Groupe de Minsk ne devraient pas s'occuper de la question du Haut-Karabakh, car l'Azerbaïdjan a, soi-disant, " réglé " cette question. Êtes-vous d'accord pour dire que la question du Haut-Karabakh est réglée et que le Groupe de Minsk ne devrait pas s'en occuper ? Et comment voyez-vous la suite du processus diplomatique sur la question du Haut-Karabakh ?

-Il est certain qu'en tant que coprésidente du Groupe de Minsk, la France souhaite poursuivre son travail et faire des efforts pour le règlement du conflit du Haut-Karabakh. Malheureusement, nous voyons que l'Azerbaïdjan ne permet pas au Groupe de Minsk de travailler, donc nous tentons de trouver d'autres moyens pour assurer le dialogue, notamment à travers les actions de l'Union européenne.

- Et comment peut-on amener la partie azerbaïdjanaise sur une voie plus constructive ?

-En assurant le dialogue.

- Y a-t-il d'autres événements consacrés au 30e anniversaire des relations diplomatiques cette année ?

-Oui, bien sûr : Cette année sera consacrée aux événements du 30e anniversaire des relations diplomatiques. Il est dommage que notre tout premier événement, qui a été organisé le 24 février à l'ambassade, se soit déroulé dans une situation un peu triste, à la lumière des hostilités en Ukraine. Mais nous avons également prévu d'autres événements, tels que des concerts, des projections de films. Nous avons également prévu des débats d'idées pour réfléchir à ce que seront les 30 prochaines années pour les relations franco-arméniennes.

 

L'interview a été réalisée par Aram Sargsyan.

 Cameraman - Hovhannes Mkrtchyan

 








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